Le soleil des Scorta, Laurent Gaudé

04/03/2023

Prix Goncourt 2004

Alors que le soleil darde ses rayons brûlants sur les pierres chaudes de Montepuccio en Italie du Sud, les hommes poursuivent leurs danses frénétiques. Et construisent pour survivre. Puis pour simplement vivre et laisser un peu de leur sueur sur cette terre aride.

Roman troublant et puissant. A plusieurs reprises, j'ai cru sentir le soleil brûler ma nuque. J'ai cru, moi aussi, appartenir à cet empire familiale des Scorta ; en être le témoin privilégié, c'est vivre plusieurs fois à travers une génération.

Une distorsion du temps au fil des pages, qui rappelle que le soleil offre l'éternité aux hommes.

Laurent Gaudé est un grand conteur, qui a su rendre à cette terre d'accueil toute son histoire, sa pureté mais aussi sa dureté. Ses lignes nous font voyager, réfléchir, philosopher sur ce que l'on veut laisser, partager ou emporter. 

Mes citations : 

« Lorsque le soleil règne dans le ciel, à faire claquer les pierres, il n'y a rien à faire. Nous l'aimons trop cette terre. Elle n'offre rien, elle est plus pauvre que nous, mais lorsque le soleil la chauffe, aucun d'entre nous ne peut la quitter. Nous sommes nés du soleil, Elia. Sa chaleur, nous l'avons en nous. D'aussi loin que nos corps se souviennent, il était là, réchauffant nos peaux de nourrissons. Et nous cessons de le manger, de le croquer à pleines dents. Il est là, dans les fruits que nous mangeons. Les pêches. Les olives. Les oranges. C'est son parfum. Avec l'huile que nous buvons, il coule dans nos gorges. Il est en nous. Nous sommes les mangeurs de soleil. »

« L'huile d'olive c'est le sang de notre terre. Et ceux qui nous traitent de cul-terreux n'ont qu'à regarder le sang qui coule en nous. Il est doux et généreux. Parce que c'est ce que nous sommes : des culs-terreux au sang pur. »

« Il ne faut rien attendre de la fin de la course. Tu sais ce qu'il y a à la fin de la course ? La vieillesse. Rien d'autre. […] Quand tu te bats pour quelque chose, quand tu travailles jour et nuit comme un damné, quand tu sues pour construire ce que tu désires, tu vis les plus beaux moments de ta vie.[…] Il faut profiter de la sueur, Elia. Souviens toi de cela. Après tout finit si vite, crois moi. »

« Tous les médecins qu'il avait consultés le lui avaient dit. Il n'y avait qu'à l'accompagner sur la lente route de la sénilité. Le temps la mangeait doucement et il avait commencé par la tête. »

« Nous nous sommes enrichis, mais qui mesurera un jour l'appauvrissement qui est allé de pair avec cette évolution ? La vie du village est pauvre. Ces crétins ne s'en sont même pas aperçus. »

« Les olives sont éternelles. Une olive ne dure pas. Elle mûrit et se gâte. Mais les olives se succèdent les unes aux autres, de façon infinie et répétitive. Elles sont toutes différentes, mais leur longue chaîne n'a pas de fin. Elles ont la même forme, la même couleur, elles ont été mûries par le même soleil et ont le même goût. Alors oui, les olives sont éternelles. Comme les hommes. Même succession de vie et de mort. La longue chaîne des hommes ne se brise pas. Ce sera bientôt mon tour de disparaître. La vie s'achève. Mais tout continue pour d'autres que nous. »

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