La force des choses, partie 2

13/02/2023

Troisième volet : La guerre d'Algérie

Mon avis : Cette deuxième partie de la Force des choses reste à la hauteur du travail de mémoires. Peut-être même est-elle encore plus réussie. du point de vue politique, nous sommes plongés dans les méandres de la guerre d'Algérie et le retour de De Gaulle. Et cet événement historique n'est pas tout à fait traité de la même manière que la seconde guerre mondiale. Simone de Beauvoir semble prendre davantage de recul (paradoxalement elle écrit cette partie assez tôt après avoir vécu ces événements). L'auteure est aux prises avec sa conscience morale et c'est finalement la première fois qu'elle prend autant de distance avec la France et les français. Et on peut le comprendre à la lueur des crimes de l'État français ! Au niveau de la vie privée, elle semble également de plus en plus transparente, notamment à travers sa relation avec Lanzmann. L'une des parties les plus réussies est selon moi le voyage au Brésil. Autant ses précédents voyages pouvaient paraître longs, autant ce pays est formidablement bien décrit et l'on ne s'y ennuie pas (sans doute parce qu'il est étudié à la lueur de convictions politiques et personnelles). Enfin, tout au long de cette partie, comme dans la précédente, on sent la mort toute proche. Et l'épilogue est l'apogée en terme qualitatif. Elle fait le bilan de sa relation avec Sartre mais aussi de sa relation avec elle-même, à travers l'évolution de son corps, de ses goûts, de ses convictions. Une fois la connivence installée entre Beauvoir et le lecteur il me semble difficile de la lâcher en si bon chemin. Peu d'auteur ont provoqué cet effet chez moi, ce n'est pas une question de vie semblable, d'idées convergentes ou de style. C'est un tout. Grâce à elle, le travail de Mémoires est sublimé !

                                 Simone de Beauvoir, Gisèle Halimi et Jean-Paul Sartre

Mes citations : "D'une manière générale, je suis dans mes essais trop tranchante, m'ont dit certains : un ton plus mesuré conviendrait davantage. Je ne le crois pas. Si on veut faire éclater des baudruches, il ne faut pas les flatter mais y mettre les ongles. Il ne m'intéresse pas de recourir à des appels au cœur quand j'estime avoir la vérité pour moi. Dans mes romans pourtant, je m'attache à des nuances, à des ambiguïtés. C'est qu'alors mon propos est différent. L'existence ne se réduit pas en idées, elle ne laisse pas énoncer : on ne peut que l'évoquer à travers un objet imaginaire ; il faut alors en ressaisir le jaillissement, les tournoiements, les contradictions. Mes essais reflètent mes options pratiques et mes certitudes intellectuelles ; mes romans, l'étonnement où me jette, en gros et dans ses détails, notre condition humaine. Ils correspondent tous deux à deux ordres d'expérience qu'on ne saurait communiquer de la même manière."

"L'intellectuel peut être d'accord avec un régime ; mais - sauf dans les pays sous-développés qui manquent de cadre - il ne doit jamais accepter une fonction de technicien comme le fait Malraux. Il doit demeurer, même s'il appuie le gouvernement, du côté de la contestation, de la critique, autrement dit, penser et non effectuer."

"Sa mort pesait lourd parce qu'il l'avait chargée de toute l'intensité de sa vie.(en parlant de Franz Fanon)."

"Il y avait une grande gaité dans cette foule en marche, étonnée de sa liberté. Et comme je me sentais bien ! La solitude est une mort et, en retrouvant la chaleur des contacts humains, je ressuscitais."


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