La curée (tome 2)
Le bouleversement de l'architecture de Paris sous le Second Empire.

Pierre Rougon est receveur particulier, Eugène ministre et Aristide dans tout ça ? Héritier des ambitions de son père, de la ruse de sa mère, il monte à Paris participer à La Curée. Il se fait ainsi un nom et une « fortune » (qui n'en porte que le nom).
Mon avis :
Aristide, en digne fils de Pierre Rougon est aux aguets depuis qu'il est arrivé à Paris. Dans La Fortune des Rougon, il s'était déjà montré ambitieux, dédaigneux et surtout obtus. Rattrapé par son frère, son père, sa mère, il s'est finalement rangé aux côtés de l'empereur, le but étant de rentrer dans ses bonnes grâces et d'y gagner une situation. Il veut s'enrichir et y prendre du plaisir. Rien de mieux pour cela que de manigancer des plans toujours plus complexes et de marcher sur la fortune (ou l'infortune) de ses compatriotes. Le Paris du second Empire est parfait pour des hommes comme lui, des hommes prêts à dévorer le moindre butin de cette chasse à " l'expropriation pré haussmannienne". Heureusement, on n'y trouve pas que des leçons de roublardise et d'économie : les amours incestueuses, adultères sont également de la partie dans cette curée. C'est d'ailleurs la partie la plus abordable, la plus théâtralisée.
Ce
tome regorge de descriptions incroyables, qui ont fait la renommée de Zola
(vous savez, ces passages qu'il faut savoir décrypter, annonciateurs de la
tragédie à venir…). Malgré tout, même si l'on ne peut en rien critiquer son
talent à évoquer en des dizaines de lignes les fleurs d'une serre, les robes
d'une soirée mondaine, les véhicules des uns et des autres, les intérieurs
bourgeois, c'est tout de même un tantinet lassant.
La construction du roman est très bien pensée,
les actes des personnages sont expliqués à la lueur de leur enfance, le but
étant de voir jusqu'où leur tempérament peut les mener. C'est donc bien une
analyse sociale qui se joue, ce qui explique les passages plus ou moins
alléchants de cette œuvre.
Après le coup de maître de l'introduction de la
Fortune des Rougon, il était difficile de faire mieux.

Sélection de passages :
« Ce fut dès lors une longue perversion de tous les instants. L'étrange éducation que la jeune femme donnait à l'enfant ; les familiarités qui firent d'eux des camarades ; plus tard, l'audace rieuse de leurs confidences ; toute cette promiscuité périlleuse finit par les attacher d'un singulier lien, où les joies de l'amitié devenaient presque des satisfactions charnelles. Ils s'étaient livrés l'un à l'autre depuis des années ; l'acte brutal ne fut que la crise aiguë de cette inconsciente maladie d'amour. Dans le monde affolé où ils vivaient, leur faute avait poussé comme sur un fumier gras de sucs équivoques ; elle s'était développée avec d'étranges raffinements, au milieu de particulières conditions de débauche. »
« L'idée de posséder Renée ne lui était jamais nettement venue. Il l'avait effleurée de tout son vice sans la désirer réellement. Il était trop mou pour cet effort. Il accepta Renée parce qu'elle s'imposa à lui, et qu'il glissa jusqu'à sa couche sans le vouloir, sans le prévoir. Quand il y eut roulé, il y reste, parce qu'il y faisait chaud et qu'il s'oubliait au fond de tous les trous où il tombait. »
« Et Renée, en regardant les deux apparitions sortir des ombres légères de la glace, recula d'un pas, vit que Saccard l'avait jetée comme un enjeu, comme une mise de fonds, et que Maxime s'était trouvé là, pour ramasser ce louis tombé de la poche du spéculateur. Elle restait une valeur dans le portefeuille de son mari ; il la poussait aux toilettes d'une nuit, aux amants d'une saison ; il la tordait dans les flammes de sa forge, se servant d'elle, ainsi que d'un métal précieux, pour dorer le fer de ses mains. Peu à peu, le père l'avait rendue assez folle, assez misérable, pour les baisers du fils. Si Maxime était le sang appauvri de Saccard, elle se sentait, elle, le produit, le fruit véreux de ces deux hommes, l'infamie qu'ils avaient creusée entre eux, et dans laquelle ils roulaient l'un et l'autre. Elle savait maintenant. C'étaient ces gens qui l'avaient mise à nue. Saccard avait dégrafé le corsage, et Maxime avait fait tomber la jupe. Puis, à eux deux, ils venaient d'arracher la chemise. A présent, elle se trouvait sans un lambeau, avec des cercles d'or, comme un esclave. »

L'immeuble Haussmannien
L'immeuble haussmannien répond à des règles strictes dont certaines élaborées à la fin de l'Ancien Régime et non modifiées par Haussmann. Notamment, la hauteur des immeubles dépend de la largeur des rues. Plus celle-ci est large plus l'immeuble est haut.
Dans ces immeubles, la distribution des activités, héritée du début du XIXe siècle, est toujours la même :
- au rez-de-chaussée, on trouve des boutiques et le concierge ;
- le 2e est un étage bourgeois qui abrite des appartements pour l'aristocratie ou la grande bourgeoisie ; les appartements ont une hauteur sous plafond importante et sont pourvus de balcons ;
- le 5e étage est pourvu d'un balcon, tout le long de la façade ;
- les combles abritent les employés de maison.
Construits les uns à côté des autres, ces immeubles constituent ce que l'on appelle une « rue mur »

Les principaux axes créés ou transformés sous le Second Empire et au début de la Troisième République
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